Analyses détaillées

Le bazooka américain à 1,9 trillion de dollars

 

À la mi-mars, dans le bureau ovale de la Maison Blanche, Joe Biden a promulgué un plan de relance de l’économie américaine de 1 900 milliards de dollars. L’approbation finale a eu lieu un jour plus tôt que ce qui avait été annoncé, ce qui témoigne de la volonté du président de mettre en œuvre, sans plus attendre, l’un des principaux objectifs législatifs de son mandat.

Le plan de sauvetage américain, comme la loi est connue, comprend des paiements directs de 1 400 dollars aux Américains gagnant 75 000 dollars ou moins par an, ainsi qu’un complément de 300 dollars par semaine aux allocations de chômage. Ce plan comporte un aspect social évident, justifié par le Président et les législateurs qui l’ont voté, par la nécessité de soutenir les citoyens à revenus faibles et moyens, mais il est surtout conçu pour donner un coup de fouet à l’économie post-pandémie.

Le processus d’approbation du paquet de mesures, qui nécessitait également l’aval du Congrès et du Sénat, s’est déroulé, comme prévu, dans la stricte lignée des partis, tous les législateurs républicains ayant voté contre. Toutefois, les craintes liées aux effets collatéraux négatifs potentiels vont au-delà de la partisanerie de la politique américaine. Les économistes sont également divisés, certains défendant cette politique comme le seul moyen d’échapper à la stagnation de l’économie, tandis que d’autres mettent en garde contre le danger de libérer une trop grande puissance de feu des consommateurs, et contre l’effet néfaste qu’un boom soudain de l’activité économique pourrait avoir sur la stabilité des prix.

Ce plan de relance a été décrit comme un pari aux enjeux élevés, comme l’illustre la couverture de la dernière édition de The Economist. Le raisonnement est le suivant : On estime qu’en raison des lockdowns, les consommateurs, incapables de sortir et de dépenser comme d’habitude dans les restaurants, les cinémas, les bars, etc, ont accumulé environ 1 600 milliards de dollars d’épargne excédentaire au cours des 12 derniers mois, qu’il convient d’ajouter à la valeur de 1 900 milliards de dollars du plan de relance, afin d’avoir une idée du pouvoir d’achat dont disposeront les Américains dans la période post-pandémie.

Si la vaccination se déroule comme prévu, comme nous l’espérons tous, une économie rouverte presque sans COVID sera engloutie par les demandes de consommation soudaines de foules d’acheteurs ayant beaucoup d’argent à dépenser. Cela pourrait déclencher un pic d’inflation, une force obscure qui n’a pas fait sentir sa présence dans les économies développées de l’Ouest depuis les années 1970.

C’est cette crainte de voir les prix à la consommation échapper à tout contrôle qui effraie les politiciens et les économistes et les incite à déconseiller l’ampleur du programme. Si ce « pari » s’avère payant, l’Amérique réalisera l’incroyable exploit d’échapper à une récession de longue durée dans le sillage de la plus grande contraction économique du temps de paix. Toutefois, il existe également un risque réel que le pays se retrouve avec une inflation élevée, des niveaux de dette publique sans précédent et une banque centrale n’ayant d’autre choix que de resserrer sa politique monétaire et d’étouffer la croissance future.

Le pari de Joe Biden le placera-t-il aux côtés de F.D. Roosevelt et d’Abraham Lincoln, comme l’un des grands présidents américains, ou se souviendra-t-on de lui comme de celui qui a misé tous ses jetons dans un pari risqué et qui a perdu ? Nous devrons attendre et voir.